Le « biographe » de Trump brise le silence par devoir civique

 

La campagne présidentielle américaine nous donne l’occasion de voir à l’œuvre un vrai de vrai sociopathe tenter de conquérir le pouvoir, je parle bien entendu de Donald J. Trump, candidat officiel du Parti républicain. L’histoire mondiale regorge de ces personnages imbus d’eux-mêmes et assoiffés de gloire et de pouvoir qui ont su envouter, dominer exploiter, tyranniser leur propre peuple et tous ceux qui se trouvaient au travers de leur route, laissant en héritage aux survivants et générations suivantes un État à reconstruire et des blessures psychologiques et sociologiques à panser.

Comme plusieurs de mes contemporains, je croyais ce genre de leaders disparus, cantonnés aux livres d’histoire ou à certaines régions du monde. J’ai l’impression, certains jours, en lisant les grands titres des journaux d’assister à l’ascension d’un Benito Mussolini ou d’un Adolf Hitler vers le pouvoir. Évidemment, on rétorquera que c’est différent, que les États-Unis c’est plusieurs choses; un immense pays, des villes progressistes, de grands intellectuels, parmi les meilleures universités du monde…Bien sûr…Mais un important clivage existe parmi la population américaine, on pourrait même parler d’une fracture sociale tant l’écart est grand entre les supporters de Trump et ses détracteurs. Des batailles vont même jusqu’à éclater lors de ses rassemblements partisans. Et jusque-là, ça ne diffère pas beaucoup de l’Allemagne de la République de Weimar et des premières années du nazisme. Les intellectuels allemands ont aussi été surpris, voire estomaqués et submergés par l’importante adhésion que remportaient les solutions populistes, simplistes et belliqueuses mises de l’avant par le Führer. Dans ces sociétés fortement polarisées il y a, d’un côté, les citoyens qui comprennent qu’il n’y aura pas de réponses simples à des problèmes complexes et de l’autre, il y a ceux qui s’en remettent à un dirigeant charismatique qui, par des phrases creuses et des promesses vagues, promet d’aplanir toutes les difficultés, de réduire toutes les souffrances et de régler tous les problèmes.

 

Il ne se passe pas une semaine, que dis-je, une journée sans qu’un grand journal ou magazine influent publie un article sur le « phénomène Donald Trump »; Qui sont ses supporters? Qu’elle est son idéologie? Comment vont ses finances et que sait-on vraiment de son parcours professionnel?

 

Les intellectuels américains, qui ont d’abord fait les gorges chaudes devant la candidature de cet hurluberlu tentent maintenant, frénétiquement, de comprendre. Manifestement, le gars plait mais à qui, pourquoi et comment cela est-il possible. J’invite tous ceux qui s’intéressent à ces questions à lire le passionnant texte publié dans The New Yorker à la fin du mois de juillet intitulé Donald Trump’s Ghostwritter Tells All. La journaliste Jane Myer y interviewe celui qui a écrit, dans l’ombre, au nom de Donald Trump son « autobiographie », en 1987, The Art of the Deal, livre qui a connu un immense succès commercial et qui a grandement contribué à construire le mythe de l’homme d’affaire sûr de lui, charismatique et infaillible. Cet écrivain fantôme, Tony Schwartz, sort aujourd’hui de sa réserve, brise le silence et s’expose aux poursuites judiciaires en parlant publiquement de la conception et de l’écriture de ce best-seller; best-seller qu’il regrette aujourd’hui amèrement.

 

Schwartz, afin de mieux cerner le personnage et, parce que celui-ci était incapable de répondre efficacement aux questions, a passé 18 mois de sa vie collé sur Donald Trump, écoutant toutes ses conversations téléphoniques, vivant littéralement à 8 pieds de lui. Il a vu Trump manigancer, mentir, déjouer, décevoir, piétiner, s’emporter. Il a néanmoins choisi des mots, des tournures de phrases, dans cette autobiographie, qui avantageaient le bonhomme et le faisaient passer pour un rusé, un battant, un charmeur…quelqu’un qui « s’amusait » au bureau à faire de bons deals. Il a créé un personnage plus attachant afin que le livre connaisse du succès. Mais Schwartz le dit aujourd’hui ouvertement, cet homme n’a rien de charmant; il manipule. Il n’a rien de chaleureux; il utilise et dispose. Il n’a pas de conscience; il ment sur tout, il ment tout le temps et il finit par se croire. Et une fois mis devant les faits véridiques; il s’emporte et devient agressif.

 

Schwartz a conservé le journal de bord qu’il tenait pendant ces 18 mois et ces notes sont extrêmement éclairantes. L’auteur y parle, sans filtre, de ses impressions, malaises et questionnements éthiques. Il a l’impression d’avoir réellement vendu son âme, d’avoir contribué à embellir et rendre sympathique quelqu’un qui ne mérite aucunement la reconnaissance ou l’admiration du public. Comme dit Schwartz : « I put lipstick on a pig ».

 

On comprend à la lecture de cet article que Donald Trump n’a aucune capacité de concentration; c’est d’ailleurs l’une des premières choses qui a frappé Schwartz, Trump agit souvent comme un enfant de 4 ans; dur de l’imaginer dans un Situation Room, à la Maison Blanche, écouter longuement différents conseillers et jongler avec des dilemmes complexes. On apprend aussi qu’il ne s’informe que par le biais de la télévision puisqu’il ne lit pas (bien que son ex-femme Ivana ait révélé qu’il conserve dans sa table de chevet les discours d’Adolf Hitler « My New Order »). L’article met également en lumière le rôle-clé joué par le père de Donald Trump dans l’élaboration de sa fortune; Trump s’est toujours refusé de parler de son père et de son aide indispensable puisque ça vient ternir sa précieuse image de Self-Made Man.

 

Les exemples de ses failles personnelles et professionnelles sont légions dans cet article, par ailleurs fort pertinent. L’homme qui a contribué à créer Frankenstein s’en mord aujourd’hui les doigts; il a rendu ce bully socialement acceptable. Grâce au livre The Art of the Deal, sa réputation s’est imposée au delà de New York, il a été approché pour faire une émission de télé-réalité, The Apprentice et, selon Schwartz, la course à la Présidence n’est qu’une suite logique à cette escalade vaniteuse. L’écrivain-fantôme ne peut plus rester inactif et laisser cet homme incompétent devenir Président; il doit révéler ce qu’il sait du personnage, c’est une question de responsabilité sociale, un devoir civique (notions totalement inconnues de Trump qui l’accuse de chercher gloire et richesse, lui qui donne tout l’argent qui découle de ses royautés à des organismes de charité). Enfin, la journaliste de The New Yorker rapporte :  » If he were writing “The Art of the Deal” today, Schwartz said, it would be a very different book with a very different title. Asked what he would call it, he answered, “The Sociopath.” »

 

Selon certains observateurs, l’élément déclencheur qui aurait poussé Donald Trump à se lancer dans la course à la Présidence, serait une blessure narcissique; blessure infligée par le Président Obama lui-même! Obama, dans un discours humoristique présenté lors de la soirée des correspondants à Washington en 2011, s’est bien moqué de Trump et ses théories conspirationnistes. Ce dernier n’a pas du tout apprécié être le dindon de la farce. Blesser l’égo d’un narcissique, rien de plus téméraire!

Ah, comme on va s’ennuyer d’Obama…voici ses blagues sur Trump, Enjoy!

 

Qu’est-ce qui a réellement poussé le milliardaire à convoiter le poste de chef de l’État et de Commander in chief, seul lui le sait vraiment. Ne reste plus qu’à espérer que le nombre d’Américains sensés et éduqués dépasse en nombre ceux qui préfèrent la pensée magique et l’avènement d’un « Sauveur ». Les sondages sont plus encourageants ces jours-ci; N’empêche, on ne voudrait surtout pas se lever au lendemain des élections de novembre avec le sentiment que tous nos savoirs, toutes nos expériences passées et tous nos cours d’histoire n’ont servi à rien!

Un commentaire

  1. Bravo encore Trésor!

    Coquilles trouvées (pas sûr à 100 % dans le cas des accents circonflexes – nouvelle orthographe? À toi de me corriger si j’erre).

    1er paragraphe – a) « …a su envoûter » b) « leurs propres peuples » ont-ils plusieurs peuples chacun?

    Par. débutant par : « Les intellectuels américains… », a) « Myer y interviewe » b) « …le mythe de l’homme d’affaires »

    Au milieu du texte, par. débutant par : « Schwartz, afin de mieux cerner… » a) « il a néanmoins choisi (pas de t) » b) « faits véridiques » pléonasme?

    Par. débutant par : « Les exemples de ses failles… » a) « …mord aujourd’hui les doigts; il … » (i minuscule) b) The Sociopath. » » (fermer les guillemets).

    Encore une fois, j’adore ta pensée et ta plume!

    B

    ________________________________

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