Mon fantasme de camionneuse

J’ai des fantasmes étranges. Souvent je conduis sur l’autoroute, je dépasse un poids-lourd et je me mets à rêver d’être camionneuse. #notajoke. Tout ceux qui me connaissent savent que je conduis déjà un « gros  truck » noir, que j’adore, alors je ne verrais pas pourquoi je n’aurais pas dix fois plus de plaisir aux commandes d’un 18 roues!

 

J’aime voir loin, au sens propre…voir au-delà du pare-choc de l’auto devant moi. J’aime la hauteur et le confort tranquille de ces gros véhicules, leur suspension un peu molle, leur cabine spacieuse et le ronronnement puissant de leur moteur.

 

Dans mon fantasme de camionneuse, il y a évidemment les grands espaces. Les routes qui s’étirent vers l’infini, les distances spectaculaires qui sont partie prenante de notre américanité. Il faut des jours et des jours pour traverser ce continent. Respect et humilité devant nos premiers explorateurs qui s’embarquaient sur des canots d’écorces pour le découvrir et le cartographier.

 

Dans mon fantasme de camionneuse, j’écouterais tous les épisodes des Remarquables oubliés de Serge Bouchard; les Radisson, Cavalier de Lasalle, Brûlé, D’Iberville m’accompagneraient dans ces paysages toujours changeants et toujours immenses. Le soir, sur ma petite couchette de camionneuse, munie de ma lampe frontale, je lirais Elles ont fait l’Amérique et Ils ont fait l’Amérique, deux œuvres majeures de cet anthropologue humaniste que j’aime d’amour depuis bientôt deux décennies. Lire et écouter Bouchard c’est aussi s’exposer à une grande frustration, amertume, déception…Tout aurait pu être si différent. Au lieu des guerres, génocides, domination, esclavage et autres abominations, on aurait pu se syncrétiser. S’incorporer les uns aux autres; prendre le meilleur des mœurs et habitus de chacun de ces peuples qui se rencontraient alors. Les colons français qui ont pris le bois, qui se sont transformés en trappeurs/explorateurs ont souvent réussi à transcender leur identité figée d’hommes-chrétiens-supposément-évolués lors de leurs contacts prolongés avec les tribus amérindiennes. Ces hommes ont appris à respecter le savoir-faire et le savoir-vivre de ces supposés « sauvages » à qui ils auraient dû apporter la « bonne nouvelle ». Malheureusement, ces hommes courageux à l’esprit ouvert n’ont pas triomphé des forces obscurantistes qui étendaient déjà leur poigne sur ce nouveau continent. Les habitants des Premières Nations ont été écrasés et leur mode de vie respectueux, balayé au nom de religions misogynes et patriarcales. Malgré ce triste constat, il est toujours agréable de se replonger dans l’aventure de nos premiers héros et de rêver quelques minutes à ce qu’aurait pu être l’Amérique, une Amérique réellement porteuse d’espoir, de grandeur et de liberté…pour tous!

 

Dans mon fantasme de camionneuse, je profiterais aussi des longues heures ininterrompues pour, enfin, écouter de façon chronologique et exhaustive La contre-histoire de la philosophie de Michel Onfray. C’est une œuvre gigantesque; plus d’une vingtaine de coffrets de dix CD chacun sur lesquels sont enregistrés les cours magistraux donnés par Onfray dans son Université populaire de Caen. J’aime l’entendre résumer l’herméneutique d’un philosophe donné, d’une école philosophique tout en nous donnant accès à son contexte de production, à son historicité. Michel Onfray, une des stars de la philo en France, rend cette dernière vivante et accessible; en ce sens, il fait œuvre utile et hautement méritoire. Dans ma vie de mère de famille, quand je mets un CD de Michel Onfray dans le lecteur audio de mon « gros truck » noir, ça crie! Sont pas prêts…Un jour que je me dis, un jour…

 

Dans mon fantasme de camionneuse je prendrais parfois un break de bla-bla et j’écouterais beaucoup de musique. Je suis la reine des play-lists éclectiques. Je peux juxtaposer Bob Dylan et Maria Callas, moi monsieur! Et Brel côtoie Nirvana sans problème, oui madame! Et puis, j’agrémenterais volontiers ces longues heures de solitude par l’œuvre complète de Georges Brassens. Je porterais attention à toutes ces tournures de phrases qui témoignent d’un esprit si sensible, si percutant et si bien structuré. Brassens est un maître. Point. Ces « chansonnettes » peuvent avoir l’air légères et un peu grivoises, elles n’en demeurent pas moins finement ciselées et à mon avis, immortelles.

 

Dans mon fantasme de camionneuse, mes yeux goberaient tous ces paysages pendant que mes oreilles engloutiraient toutes ces paroles et pensées.

 

Rassurez-vous, je ne quitterai pas mari et enfants pour sillonner l’Amérique à bord d’un 18 roues mais je continuerai de projeter mes envies de liberté, de temps et de culture sur ces mastodontes roulants.

 

Chacun ses fantasmes!

 

Et vous, quels sont les vôtres?

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