Méli-méli émotif…

 

L’été bat son plein, les enfants sont très là, presque trop par moment. Ils me harcèlent avec leurs sempiternelles questions : qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui? Qu’est-ce qu’on mange? Est-ce qu’on peut se baigner, là? Et, la traditionnelle : est-ce qu’on peut avoir un autre popsicle?

 

Ils sont très là, donc. Souvent, ils parlent tous en même temps. Ils sont impatients et énergiques. Mais quand je zoom out, que je regarde la scène d’un peu plus loin, je nous trouve infiniment privilégiés. Eux et moi. Eux, parce qu’ils m’ont, moi, mère à la maison qui leur offre tout ce temps pour jouer sans stress, dedans, dehors…sans plein de règles, sans trop de contraintes. Moi, parce que je les ai, eux, enfants drôles et allumés, et surtout, pétants de santé.

 

Je pose pour la cause

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Cette magnifique illustration « Louistoons »a été créée par l’artiste graphique Éli

 

Hier, mes cocos et moi avons participé à une super belle activité-bénéfice : « Je pose pour la cause ». Nous avons donc joint l’utile à l’agréable et nous sommes allés nous faire « tirer le portrait » par une gentille et talentueuse photographe de St-Jean, Marie Faubert. L’argent ramassé lors de ces shootings-photo aidera la famille du petit Louis Gaudreau, atteint d’une maladie génétique rare, à adapter leur maison aux nombreuses exigences qu’impose son état. Je suis pleine d’admiration devant l’énergie, la dévotion, la créativité dont font preuve les parents de ce petit garçon, Virginie et Éric. Leurs talents de communicateurs contribuent sans aucun doute au succès que remportent leurs activités de financement, aussi diversifiées que ludiques. Leur prochaine soirée-bénéfice se tiendra le 30 juillet prochain, alors que sera présentée la pièce de théâtre Les orphelins du Madrid au Cabaret-théâtre du Vieux-St-Jean (il semble qu’il reste des billets disponibles, pour ceux qui voudraient, comme moi, joindre l’utile à l’agréable 😉 ).

 

Tout ça pour dire qu’hier, mes enfants avaient consenti à s’habiller beau (c’est à dire à porter ce que je leur ai dit de porter, pour une fois!), à se laisser coiffer et à attendre sagement que ce soit notre tour. Ils y ont consenti en bonne partie parce que je leur avais expliqué que notre présence contribuait à aider ces gens (si ça n’avait été que pour l’esthétique de la chose, j’aurais sans doute eu droit à plus de résistance et beaucoup de grimaces). L’expérience était belle et bonne à plusieurs points de vue; voir de nombreux bénévoles qui travaillent à rendre possible la tenue d’évènements comme celui-là, ça fait du bien à l’âme. Voir des gens donner de leur temps, ça réconforte, ça montre qu’on n’est pas si atomisés que ça…que les liens sociaux sont encore vitaux, que l’entraide ça fait du bien dans les deux sens; à celui qui reçoit et à celui qui donne. Je suis contente que mes enfants en aient été témoins. Et j’ai hâte de voir ces belles photos!

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L’entourage exceptionnel dont bénéficie ce petit bonhomme: une autre réalisation de la graphiste Éli

 

Constater qu’on a eu beaucoup de chance, que notre vie, bien que tumultueuse, est surtout douce et harmonieuse….c’est aussi se sentir un peu mal. Mal d’être si privilégiée, inquiète que ça cesse un jour, brusquement, par un quelconque revers du destin. C’est se demander si on aurait cette force-là, ce talent-là pour faire face. Chapeau bas à Virginie et Éric!

Un peu impuissante avec mon trop plein de chance, je ne peux que compatir…c’est à dire, « souffrir avec », me mettre quelques instants dans leur peau pour faire jaillir cette douleur qui me donne ensuite envie d’aider. Et quelque part, dans le fond de mon âme, il y a ce texte d’Évelyne de la Chenelière qui fait son p’tit bout de chemin vers ma conscience; « Dieu merci, ce n’est pas moi ». Aujourd’hui. Car, c’est une roue qui tourne. Un jour nous souffrons, un jour nous compatissons, un jour nous aidons…

 

Dimanche, c’était les funérailles

Journée grise, journée de pluie, journée de deuil. Ce dimanche, je suis allée témoigner de mon amitié et mon support à une amie endeuillée. J’ai pleuré, même si j’ai essayé de pas. Je ressens toujours le besoin de réprimer ma grande sensibilité dans ces moments-là, j’ai peur de laisser s’ouvrir les vannes et ne plus être capable de les refermer. Je me dérobe quand je vois monter les larmes dans les yeux de l’autre, quand je sens ma gorge se nouer. J’esquive. Cette semaine, donc, mon amie a perdu son père. Comme moi, elle est enfant unique, comme moi, elle a déjà perdu sa mère, comme moi, elle a 4 enfants. Moi j’ai encore mon père, même si j’ai bien failli le perdre l’an dernier. Encore une fois, cette petite phrase qu’on n’oserait jamais prononcer à haute voix : « Dieu merci, ce n’est pas moi… »

Trop de similitudes, donc, entre elle et moi. Je ressentais sa peine, sa perte de façon aigüe. Perdre ses parents, c’est se sentir déraciné. C’est ne plus avoir accès aux témoins privilégiés qui étaient les dépositaires de notre histoire individuelle. Nos souvenirs sont condamnés à tourner en rond, ils ne seront plus enrichis, questionnés, augmentés. Ils se figeront, se cristaliseront, se fragmenteront. Perdre ses parents, quand on est enfant unique, c’est se sentir seul au monde, même si on s’est bien vengé et qu’on s’est fait une grosse famille de 4 enfants. On ne peut pas partager la perte et la peine avec ses enfants de la même manière qu’on le ferait avec un frère ou une sœur.

J’ai pleuré donc, quand mon amie s’est efforcée de maitriser sa voix lorsqu’elle a pris la parole pour saluer la mémoire de son père. Et j’ai pleuré en regardant défiler les photos projetées sur le mur. Parce que les photos témoignent des jours heureux, des mariages, des naissances, des voyages, des anniversaires…et qu’on a beau les vivre à fond la caisse, ils finissent tout de même par passer, ces beaux moments qu’on a tenté d’immortaliser. Et de voir une vie ainsi étalée, de clichés en clichés, je trouve toujours ça troublant…une succession d’évènements imprimés viennent construire un récit, celui d’une vie, une vie qui s’est terminée; Là il est jeune enfant, le voici jeune adulte, père, puis grand-père et aujourd’hui il est mort. Tout ça est bien ordonné, chronologique, commun, triste et surtout, inéluctable.

 

 

Les semaines sont définitivement pleines ces temps-ci. Pleines d’enfants qui bougent et crient. Pleines de visites et d’activités. Pleines d’émotions diverses. J’accueillerai mon amie endeuillée ici ce matin, j’espère pouvoir lui apporter un peu de réconfort. Elle doit être si fatiguée. Moi, en deuil de ma mère, je dormais tous les après-midis.

 

Que voulez-vous, c’est aussi ça la vie; la mort qui s’invite en plein mois de juillet ensoleillé.

 

Voici le poème d’Évelyne de la Chenelière, auteure dont j’adore les pièces de théâtre, poème que j’ai découvert dans le cadre du spectacle Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent :

 

 

DIEU MERCI, CE N’EST PAS MOI

Par Evelyne de la Chenelière*

 

Laissez-moi vous parler d’un cœur

qui souffre d’avoir perdu Dieu

errant sans fin dans la nuit, sans espoir

Ici, à la lisière, il n’y a pas d’étoiles,

ici, nous sommes raides, immaculés

Sans croire en Dieu parfois nous pensons

Dieu merci, ce n’est pas moi

Dieu merci, ce n’est pas moi

Ce n’est pas moi qui ai perdu mon enfant

dans une crevasse, une avalanche, une tuerie, une rivière

Ce n’est pas moi le corps tordu dans la voiture accidentée

Dieu merci, ah… ce n’est pas moi

Nous pensons Dieu merci, ce n’est pas moi

le sans-abri, le sans-papiers, le sans-emploi,

le sang contaminé, les dents qui tombent,

les os qui brisent à la moindre chute

ce n’est pas moi la droguée, le vieux, la folle!

Ce n’est pas moi en République centrafricaine, en Ukraine, à Gaza,

Dieu merci, ce n’est pas moi

Ce n’est pas moi qui ai des mouches plein les yeux,

qui ai les membres arrachés, des sœurs kamikazes,

des frères pendus par les pieds, des enfants-soldats

Ce n’est pas moi!

Nous pensons Dieu merci, ce n’est pas moi

qui ai reçu une balle perdue comme une giclée de rage

Dieu merci, ce n’est pas moi qu’on voile,

qu’on excise, qu’on viole, qu’on vend

Dieu merci, ce n’est pas moi!

Ce n’est pas moi non plus

la starlette sur laquelle on éjacule et qui vieillira pourtant

Le désir des autres n’est pas un bain de jouvence

et les plus belles tomberont avec leur chair molle

Dieu merci, ce ne sera pas moi!

Ce n’est pas moi, je ne peux rien

Je ne peux rien pour les miséreux, les pauvres,

les damnés, les malades

Adressez-vous aux puissants du monde

je ne peux pas vous sauver la vie

ce n’est pas moi qui vous sauverai la vie

Pour commencer, cessez de crier, taisez-vous donc!

Ah… Dieu merci, ce n’est pas moi

Ce n’est pas moi qui appellerai, éperdu,

la clémence, l’absolution

À l’heure de ma mort on ne dira pas de moi

«Dieu merci, il est mort»

«Dieu merci, enfin, elle est morte»

On ne souillera pas ma dépouille

on ne profanera pas ma tombe

Sans croire, nous disons

Dieu merci, ce n’est pas moi

qui brûlerai dans les flammes éternelles

de ton enfer

Dieu merci, ce n’est pas moi…

D’ailleurs nous pensons

Dieu merci, je ne mourrai pas

Après, nous replions le journal

nous fermons la télévision

nous fermons tous nos sens brûlés

et les livres d’histoire

Nous tordons nos mains

dans une prière difforme

et nous pensons

Dieu merci, ce n’est pas moi

 

  • Evelyne de la Chenelière, comédienne et dramaturge : le film Monsieur Lazhar (écrit et réalisé par Philippe Falardeau) est une adaptation de sa pièce Bashir Lazhar.

3 commentaires

  1. Encore extra ce texte! Quel talent tu as de mettre des images et de fortes émotions sur ces mots!!!! V R A I M E N T T O U C H A N T !!!!!! Et, avec la chance d’avoir souligné (il y a 2 jours) ici en camping, les 74 ans de mon papa accompagné de ma superbe maman remplie d’énergie : MERCI LA VIE!!!!! Puis, en y ajoutant ce qui s’est passé à Nice hier, le poème nous « rentre » dedans!!!!

    Une maman qui passe aussi l’été avec ses cocottes!

    * Justement, en direct de notre tente-roulotte, on me demande : « Maman, qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui »… Oups… Je dois vite donner l’exemple et lâcher mon téléphone que j’ai pris 4 minutes « à la cachette » car elles n’ont pas droit au iPod, pas de wifi ici: YÉ!!!!

    Marie-Andrée Viens

    Aimé par 1 personne

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